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Pourquoi laisser son lierre fleurir en automne peut sauver des insectes butineurs

Lierre en fleurs couvrant un mur de pierre

Fin septembre, le jardin se vide de ses fleurs. Les roses ont fini, les tilleuls aussi, et pourtant un vieux lierre contre un mur bourdonne comme en plein mois de juin. Ce n’est pas un hasard : le lierre grimpant est l’une des dernières grandes sources de nourriture pour les insectes avant l’hiver.

Si vous hésitiez à tailler ou à arracher le vôtre, la réponse tient en une phrase : laissez-le fleurir. Voici pourquoi, qui en profite, et ce que vous pouvez faire concrètement.

Pourquoi la floraison du lierre en automne est vitale pour les insectes

Le lierre (Hedera helix) fleurit tard, de septembre à novembre selon les régions. Ses fleurs sont discrètes, verdâtres, réunies en ombelles sphériques que l’on remarque surtout au bourdonnement. Elles produisent beaucoup de nectar et un pollen riche, au moment précis où la plupart des autres plantes ont cessé de fleurir.

Pour un insecte, cette période est un goulot d’étranglement. Il doit encore se nourrir, parfois constituer des réserves, parfois simplement survivre quelques semaines de plus. Une floraison tardive abondante change alors tout : un seul grand pied de lierre peut nourrir des centaines de butineurs en même temps.

Pour visualiser le décalage, voici comment le lierre s’insère dans le calendrier des ressources du jardin, aux côtés d’une vivace qui nourrit les insectes jusqu’à la fin de l’été.

Période Ressources florales principales
Mars à mai Saules, arbres fruitiers, pissenlits, colza
Juin à août Tilleuls, lavandes, ronces, nombreuses vivaces
Septembre à novembre Lierre, quelques asters et sedums tardifs

Quels insectes profitent du lierre en fleur ?

Presque tous les groupes de pollinisateurs encore actifs à cette saison viennent s’y servir. Les abeilles domestiques et les bourdons de fin de saison y trouvent de quoi finir l’année. Les syrphes, ces mouches rayées qui imitent les guêpes, s’y pressent par dizaines, tout comme de nombreuses autres mouches.

Les guêpes sont aussi de la partie. À cette période, elles cherchent des sucres plutôt que des proies, et le nectar du lierre leur convient parfaitement. Quelques papillons tardifs, comme le vulcain ou le robert-le-diable, profitent également de ces ombelles quand le temps reste doux.

L’abeille du lierre et les autres butineurs

La vedette du lierre en fleur s’appelle Colletes hederae, l’abeille du lierre. Cette abeille solitaire, apparue dans nos régions il y a quelques décennies, émerge début septembre, pile quand les premières fleurs s’ouvrent. Elle récolte presque exclusivement le pollen du lierre pour nourrir ses larves.

Ses femelles creusent leur nid dans des sols sableux ou meubles et forment parfois de vastes colonies. Elles ne sont pas agressives et ne représentent aucun danger pour la famille. Sans lierre à proximité, cette espèce spécialiste n’a tout simplement pas de quoi se reproduire.

Au-delà du nectar : baies, abri et refuge toute l’année

Branche nue chargee de grains noirs, merle pose dessus

Le service rendu ne s’arrête pas à l’automne. Les fleurs fécondées donnent des baies noires qui mûrissent à la fin de l’hiver, entre février et avril. À ce moment, les réserves naturelles sont au plus bas, et les oiseaux comme les merles, les grives ou les pigeons ramiers s’en régalent.

Le feuillage dense, toujours vert, joue aussi un rôle de refuge. Les oiseaux y installent leur nid au printemps, d’autres y dorment à l’abri du froid. Côté insectes, certains papillons, coccinelles ou araignées y passent leur hibernation, protégés du gel et du vent. Un mur couvert de lierre est une petite réserve de biodiversité à lui seul.

Pas de fleurs sur votre lierre ? Regardez sa forme

Le lierre ne fleurit qu’à l’âge adulte, sur des rameaux dressés aux feuilles ovales, non lobées. Un lierre rampant ou régulièrement coupé reste en phase juvénile et ne produit ni fleurs ni baies. Laissez donc quelques tiges grimper en hauteur et ne les rabattez pas.

Le lierre est-il vraiment nuisible aux arbres et aux murs ?

C’est la crainte la plus répandue, et elle est largement exagérée. Le lierre n’est pas un parasite : il s’accroche grâce à de petits crampons, qui ne prélèvent ni sève ni eau dans l’arbre. Sur un tronc sain, il ne l’étouffe pas.

Il faut tout de même rester lucide. Sur un arbre déjà affaibli ou malade, un lierre très volumineux ajoute du poids et prend le vent, ce qui peut aggraver le risque de casse. Il peut aussi masquer les signes de dépérissement. Dans ce cas, une surveillance régulière s’impose.

Pour les murs, le raisonnement est comparable. Sur une maçonnerie saine et bien jointoyée, le lierre ne cause pas de dégâts notables et offre même une isolation légère, avec un effet rafraîchissant en été. Sur un enduit fissuré, des joints dégradés ou une toiture, ses racines peuvent s’insinuer dans les failles et agrandir les dégâts. Mieux vaut alors le contenir ou le réserver à un autre support.

Comment aider les pollinisateurs au jardin : quand et comment tailler le lierre

Abeilles butinant des fleurs jaunes sur un mur vegetal

La bonne nouvelle, c’est que soutenir les pollinisateurs demande surtout de ne rien faire au bon moment. Le calendrier compte davantage que la technique : on évite la taille pendant la floraison (septembre à novembre) et pendant la période de nidification des oiseaux, de mars à août environ.

Si votre lierre devient envahissant, une taille légère en hiver, après le gros de la floraison et en prenant garde aux nids éventuels, reste la solution la plus douce. Procédez par portions plutôt que de tout raser d’un coup, pour que les insectes et les oiseaux gardent toujours un secteur intact.

Pour passer à l’action dans votre jardin, voici une checklist courte :

  • Ne taillez pas le lierre avant la fin de la floraison, soit après novembre.
  • Laissez-le grimper sur un mur sain ou un tronc solide, en gardant des tiges hautes qui fleuriront.
  • Conservez au moins un coin de lierre, même petit, en plein soleil ou mi-ombre.
  • Évitez l’arrachage systématique et les produits chimiques à proximité.
  • Contrôlez l’état des murs et des arbres porteurs une fois par an.

Un autre bénéfice mérite d’être cité : en ville, le lierre capte une partie des particules fines et rafraîchit les façades exposées. Les jardiniers connaissent aussi la lessive de lierre, préparée avec des feuilles infusées, qui sert à nettoyer les tissus foncés. De quoi donner une seconde raison de le garder.

Cet automne, avant de dégainer le sécateur, tendez l’oreille près de votre mur. Si ça bourdonne, c’est que votre lierre fait exactement ce pour quoi il est précieux.

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