Fin septembre, le jardin se vide et les abeilles tournent en rond. Pourtant, une fleur discrète s’ouvre au moment où presque plus rien ne donne de nectar : celle du lierre commun (Hedera helix). Avec elle, quelques autres plantes d’automne peuvent faire toute la différence pour les pollinisateurs avant les premiers froids.
Pourquoi les fleurs tardives sont vitales pour les abeilles avant l’hiver
À l’automne, les prairies sont fauchées, les massifs d’été sont passés et les haies ne fleurissent plus. Les abeilles mellifères doivent pourtant finir de constituer leurs réserves hivernales, car la colonie va vivre plusieurs mois sans sortir. Chaque source de nectar et de pollen encore disponible compte.
Les abeilles sauvages sont dans la même situation, avec des besoins différents. Certaines espèces, comme l’abeille du lierre (Colletes hederae), n’apparaissent qu’à la fin de l’été et calent leur cycle sur cette floraison précise. Sans fleurs à ce moment-là, ces pollinisateurs n’ont tout simplement rien à manger.
Une floraison tardive bien fournie profite aussi aux syrphes, aux papillons et aux bourdons des dernières semaines. Elle prolonge la saison utile du jardin d’un à deux mois, ce qui change beaucoup de choses pour la biodiversité locale.
Le lierre et les autres fleurs d’automne à planter : lesquelles choisir ?
Le lierre commun, la star oubliée du nectar d’automne
Le lierre fleurit de septembre à novembre, au moment où il n’y a presque plus de concurrence. Ses petites ombelles vert jaunâtre, peu spectaculaires pour nous, attirent des dizaines d’insectes dès que le soleil les réchauffe. Le nectar y est abondant et le pollen riche, ce qui en fait l’une des dernières grandes ressources de l’année.
Cette plante est très rustique (jusqu’à environ -20 °C) et pousse à l’ombre comme au soleil. Selon les variétés, elle grimpe jusqu’à une vingtaine de mètres ou reste en couvre-sol. Au sortir de l’hiver, ses fruits noirs nourrissent aussi les oiseaux.
Le lierre ne fleurit pas tout de suite
Un jeune lierre reste en forme juvénile, avec des feuilles lobées et sans fleurs. La floraison n’arrive qu’à l’âge adulte, souvent après plusieurs années, quand les tiges ont atteint la lumière et se dressent. Si vous voulez des fleurs, laissez-le grimper sur un mur, une clôture ou un tronc, et évitez de le tailler en septembre.
Asters, sauges, sedums et bruyères : les bons compléments
Un seul lierre ne suffit pas toujours, surtout dans un petit jardin. Les asters pour prolonger les ressources florales en automne forment des nuages de petites marguerites mauves, roses ou blanches qui tiennent jusqu’aux premières gelées. Ils sont très visités par les abeilles et les syrphes, et réclament peu d’entretien.
La sauge et les pollinisateurs qu’elle peut attirer prend le relais dans les massifs ensoleillés. Les sauges arbustives de type greggii fleurissent longtemps, tandis que la sauge bleue (Salvia azurea) monte haut et séduit les bourdons. Le sedum (ou orpin d’automne) offre ses ombelles roses sur un feuillage charnu, parfait en bordure ou en pot. Quant à la bruyère d’hiver (Erica carnea), elle ouvre ses clochettes dès novembre et poursuit jusqu’au printemps, quand les premières sorties reprennent.
| Plante | Floraison | Hauteur (environ) | Rusticité (environ) |
|---|---|---|---|
| Lierre commun | Septembre à novembre | Couvre-sol à 20 m | -20 °C |
| Aster d’automne | Septembre à novembre | 0,6 à 1,5 m | -20 °C |
| Sauge d’automne | Août à octobre | 0,6 à 1,2 m | -10 à -15 °C |
| Sedum d’automne | Août à octobre | 40 à 60 cm | -25 °C |
| Bruyère d’hiver | Novembre à avril | 20 à 30 cm | -20 °C |
Pour étaler les floraisons, pensez aussi aux chrysanthèmes simples, qui prolongent la table jusqu’en novembre. Mélangez ces plantes avec des fleurs de printemps et d’été pour qu’il y ait toujours quelque chose à butiner.
Comment planter et entretenir ces plantes mellifères tardives

L’automne est une bonne période de plantation pour la plupart de ces espèces : le sol est encore tiède et les pluies aident l’enracinement. Choisissez un emplacement ensoleillé pour les asters, les sauges et les sedums, dans un sol drainé. Le lierre, lui, se contente de presque tout, y compris d’un coin sombre.
Arrosez régulièrement la première année, puis laissez la plante s’installer. Évitez les engrais riches en azote, qui donnent beaucoup de feuilles mais peu de fleurs. Pour la taille, attendez la fin de l’hiver : les tiges sèches servent d’abri aux insectes, et le lierre se taille juste après sa floraison.
Un point compte plus que tout : privilégiez les fleurs simples, ou non doubles. Les variétés à pétales multiples cachent le cœur de la fleur et rendent le nectar et le pollen difficiles d’accès. Une aster à capitule ouvert vaut bien mieux, pour les abeilles, qu’un chrysanthème pompon.
Pourquoi on les plante si peu : idées reçues à dépasser
Le lierre traîne une mauvaise réputation. On lui reproche d’étouffer les arbres ou d’abîmer les murs, alors qu’il n’est pas parasite et qu’il s’accroche à ses supports sans leur prélever de sève. Sur un mur sain, il ne pose pas de problème. Sur un enduit fissuré ou un arbre déjà fragile, mieux vaut le surveiller ou le limiter.
Autre frein : on juge une plante à sa beauté pour l’œil humain. Or les fleurs les plus utiles aux abeilles sont parfois les moins voyantes. Quant aux plantes d’automne, on les achète peu, car les jardineries mettent en avant les fleurs du printemps. Il suffit de les chercher dès septembre pour les trouver.
Les bons gestes pour un jardin refuge jusqu’à l’hiver
Planter ne suffit pas, il faut aussi laisser vivre. Bannissez les pesticides, y compris les produits dits naturels pulvérisés en pleine floraison, qui touchent aussi les pollinisateurs. Une coupelle d’eau peu profonde, garnie de cailloux pour que les insectes puissent se poser, aide beaucoup par temps doux.
Gardez un coin de jardin un peu sauvage : tas de bois, tiges creuses, feuilles mortes laissées en place. Ces abris protègent les abeilles sauvages et d’autres insectes jusqu’au printemps. Un jardin refuge se juge à ce qu’il offre de septembre à mars, pas seulement en mai.
Questions fréquentes

Quelle est la fleur la plus utile aux abeilles à l’automne ?
Le lierre commun arrive en tête, grâce à une floraison tardive abondante en nectar et en pollen. Les asters et les sedums complètent bien l’offre.
Peut-on planter ces fleurs en pot sur un balcon ?
Oui, pour le sedum, la bruyère d’hiver, les sauges arbustives et les asters nains. Prévoyez un bon drainage et un arrosage régulier.
Quand tailler le lierre pour ne pas perdre les fleurs ?
Après la floraison, entre la fin de l’hiver et le début du printemps. Une taille en été ou en début d’automne supprime les inflorescences.





