Jardin

Pourquoi les bourdons sortent parfois lorsque les températures sont encore fraîches ?

Un bourdon velu se pose sur un crocus jaune

Il fait 6 °C, le jardin sort à peine de l’hiver, et pourtant un gros bourdon fonce d’un crocus à l’autre. Pendant ce temps, pas la moindre abeille en vue. Ce spectacle intrigue chaque année, et il a une explication très précise.

Le bourdon n’est pas immunisé contre le froid. Il a simplement un talent que beaucoup d’insectes n’ont pas : il fabrique sa propre chaleur. Voyons comment, et pourquoi ce savoir-faire est vital pour toute une saison de pollinisation.

Un insecte qui fabrique sa propre chaleur : l’endothermie du bourdon

La réponse tient en une phrase : le bourdon est un insecte endotherme. Pour décoller, ses muscles du vol doivent atteindre environ 30 °C, parfois davantage. Quand l’air est à quelques degrés seulement, il réchauffe donc son thorax de l’intérieur, avant de s’envoler. C’est la thermorégulation du bourdon, et elle explique l’essentiel de ce que vous observez.

Cette chaleur ne tombe pas du ciel. Elle est produite par le corps de l’insecte, alimentée par le sucre du nectar. Un bourdon qui vole par temps frais est donc un bourdon qui brûle beaucoup de carburant, et qui doit manger sans cesse.

Le frisson des muscles du vol

Le mécanisme porte un nom : le frisson thermique. Le bourdon contracte en même temps les muscles qui abaissent et ceux qui relèvent ses ailes. Comme ils se contrarient, les ailes restent presque immobiles, mais les muscles chauffent, un peu comme vous qui grelottez pour vous réchauffer.

On entend parfois ce bourdonnement sourd sur un bourdon posé sur une fleur, le matin. Il se prépare. Quand la température du thorax est suffisante, il peut embrayer et voler, même si l’air ambiant reste vif.

Le corps est aussi conçu pour garder cette chaleur. Le pelage dense, ce duvet isolant qui donne au bourdon son aspect de peluche, limite les pertes. Sa grande taille joue également : un corps trapu perd moins de chaleur, proportionnellement, qu’un petit insecte fin. Enfin, le sang circule entre le thorax et l’abdomen de manière à garder la chaleur dans la zone des ailes.

Pourquoi le bourdon tolère mieux le froid que l’abeille

Une abeille domestique sort en général quand l’air dépasse 10 à 12 °C, contrairement au bourdon qui fait partie de ces abeilles sauvages qui ne vivent pas en ruche. En dessous, elle reste dans la ruche, où la colonie se serre en grappe pour se tenir chaud. Le bourdon, lui, peut commencer à butiner autour de 5 °C, voire moins pour certaines espèces de Bombus, à condition que le soleil l’aide un peu.

Critère Bourdon Abeille domestique
Sortie par temps frais Vers 5 °C environ Vers 10 à 12 °C
Corps Gros, trapu, très velu Plus petit, moins duveteux
Chaleur Produite par frissonnement avant le vol Surtout collective, au cœur de la ruche
Hiver Seule la reine survit Toute la colonie reste groupée

Cette différence a des conséquences concrètes au jardin. Par temps frais, venteux ou couvert, le bourdon continue de polliniser alors que d’autres pollinisateurs restent au nid. Il sait aussi pratiquer la buzz pollination : il fait vibrer ses muscles contre une fleur pour en faire tomber le pollen, ce qui profite aux tomates, aux myrtilles ou aux aubergines.

Les reines sortent tôt : un impératif du cycle de vie

bourdon brun perche sur un crocus violet

Au début du printemps, la plupart des bourdons que vous croisez ne sont pas des ouvrières. Ce sont des reines fondatrices, seules survivantes de la colonie de l’année précédente. Après des mois d’hibernation sous terre, elles sortent affamées, parfois dès la fin de l’hiver dans les régions douces.

Leur mission est pressante. Elles doivent se nourrir de nectar pour reconstituer leurs réserves, trouver du pollen pour développer leurs ovaires, puis chercher un site de nid : un trou de rongeur, une touffe d’herbe, un vieux mur. Une fois le nid choisi, la reine pond ses premiers œufs et les couve en se plaquant dessus pour les réchauffer, toujours grâce à sa chaleur interne.

Le calendrier est serré. Plus la reine installe sa colonie tôt, plus elle aura d’ouvrières pour la suite et plus la saison sera productive. Pour un bourdon terrestre, attendre les beaux jours serait une perte de temps qu’il ne peut pas se permettre. La reine est un pollinisateur précoce par nécessité, pas par audace.

Il arrive aussi d’en voir en automne, voire au cœur de l’hiver. Certaines espèces ont décalé leur cycle avec la douceur du climat. Le changement climatique brouille peu à peu les repères : des floraisons précoces ou tardives peuvent attirer des bourdons hors de leur calendrier habituel, avec le risque de manquer de nourriture quand le froid revient.

Les limites du bourdon face au froid : quand il est engourdi ou épuisé

Produire de la chaleur coûte cher. Un bourdon qui n’a pas trouvé assez de nectar peut se retrouver à court d’énergie, et ne plus arriver à chauffer ses muscles. Il tombe alors dans un engourdissement : il se pose, devient immobile, parfois au sol ou sur une feuille, et ne réagit presque plus.

Plusieurs situations produisent ce scénario : une nuit trop fraîche après une journée de butinage, une pluie glaciale, une série de jours sans fleurs, ou une reine épuisée en pleine recherche de nid. Un bourdon immobile n’est pas forcément mort. Si ses pattes bougent légèrement quand vous l’approchez, il y a de bonnes chances de le sauver.

Comment aider les bourdons en début de saison

Petit insecte velu immobile sur une fleur jaune

Si vous trouvez un bourdon qui ne bouge plus, l’idée n’est pas de le réchauffer à tout prix. Une chaleur trop forte, comme un radiateur ou un sèche-cheveux, peut le stresser, voire le tuer. Ce qu’il lui faut avant tout, c’est du sucre pour relancer sa machine.

Bourdon immobile au sol : le bon réflexe en quatre gestes

  1. Déposez-le délicatement sur une feuille ou dans votre main, à l’abri du vent.
  2. Mélangez deux cuillères de sucre blanc pour une cuillère d’eau tiède, de l’eau sucrée, et présentez-en une goutte devant sa tête, sur une cuillère ou un bouchon.
  3. S’il déploie sa langue et boit, laissez-lui le temps de se restaurer, puis posez-le sur une fleur, dans un coin calme.
  4. S’il ne réagit pas et qu’il fait nuit ou très froid, mettez-le dans une boîte aérée, au calme, et relâchez-le au matin.

Évitez le miel du commerce, qui peut transporter des pathogènes dangereux pour les pollinisateurs. Pour le reste, le plus utile se joue en amont, au jardin. Plantez des petites fleurs qui annoncent la fin de l’hiver, comme les crocus, les hellébores, les saules, le lamier ou la consoude, qui fournissent nectar et pollen dès la sortie d’hibernation.

Laissez aussi quelques coins sauvages (notamment des herbes hautes près du verger, des tas de feuilles ou de vieux murets) où une reine pourra installer son nid. Enfin, bannissez les pesticides, qui fragilisent les colonies, et gardez une succession de floraisons de mars à octobre. Un bourdon qui sort tôt a besoin de trouver à manger dès son premier vol.

Voir un bourdon dehors par temps frais n’est donc pas un signe de dérèglement, mais le plus souvent une reine fondatrice qui joue sa saison. En la laissant tranquille, et en lui offrant quelques fleurs, vous donnez un vrai coup de pouce à toute une colonie à venir.

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Margot Delacroix teste et analyse les solutions pratiques qui transforment quotidiennement un logement. Passionnée par les économies d'énergie et l'optimisation de l'habitat, elle explore les alternatives simples aux équipements coûteux et décortique les innovations qui font vraiment la différence dans une maison.
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