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Cette mauvaise habitude au moment de nettoyer une mare peut détruire des habitats

Jardinier debout au bord dune mare arrachant les plantes

Un beau week-end de fin d’hiver, vous sortez l’épuisette et les bottes pour « remettre la mare au propre ». Vase retirée, eau claire, berges bien nettes : le résultat est flatteur. Pourtant, c’est précisément ce réflexe qui fait le plus de dégâts dans une mare de jardin.

La mauvaise habitude tient en deux gestes : nettoyer en février ou mars, et tout curer d’un seul coup. Voyons pourquoi ils sont si destructeurs, et comment entretenir sa mare sans y laisser la biodiversité, cette petite zone humide qui transforme la biodiversité du jardin.

La mauvaise habitude : nettoyer la mare à fond et au mauvais moment

Une mare n’est pas une piscine. Son fond vaseux, ses feuilles mortes et ses plantes un peu envahissantes ne sont pas de la saleté, mais le logement d’une foule d’habitants. Vouloir une eau transparente et un fond net, c’est effacer leur habitat.

Pourquoi février-mars est une erreur fatale

En hiver, les amphibiens sont en dormance. Certains tritons, grenouilles et crapauds passent la mauvaise saison enfouis dans la vase ou sous les feuilles au fond de l’eau, d’autres sous des pierres et du bois mort juste à côté des berges. Ils ne bougent presque plus, ne peuvent pas fuir et supportent mal d’être dérangés.

Fin février et mars, c’est pire encore. La période correspond au réveil et à la reproduction : les adultes reviennent vers la mare et les pontes sont déposées dans l’eau. Un coup de râteau à ce moment-là, c’est des œufs arrachés, des adultes blessés ou exposés au gel et une saison de reproduction perdue.

Les larves d’insectes aquatiques ne sont pas épargnées. Celles des libellules vivent souvent un à plusieurs ans dans la vase avant de se transformer. Vider le fond d’un seul coup, c’est éliminer plusieurs générations d’un coup, ainsi que les petits crustacés et vers dont tout le reste se nourrit.

Le réflexe qui sauve la mare : un tiers par an, pas plus

Ne curez qu’un tiers à la moitié de la surface chaque année, en fin d’été ou en automne. Posez la vase retirée au bord de l’eau pendant quelques jours : la petite faune qu’elle contient pourra regagner la mare.

Quand et comment nettoyer une mare sans détruire la vie qu’elle abrite

La bonne période : de la fin de l’été à l’automne

Le créneau idéal s’étend de la fin de l’été jusqu’à la mi-automne, environ de septembre à octobre. Les jeunes amphibiens ont quitté l’eau, les larves de libellules sont assez grosses pour se déplacer et les grenouilles ne sont pas encore engourdies. Les plantes ont fini de pousser, ce qui limite aussi les dégâts sur la végétation.

Voici un petit calendrier pour savoir quoi faire et quand.

Saison Ce qui se passe dans la mare Conduite à tenir
Fin d’hiver, printemps Réveil, migration, pontes, têtards Ne rien curer, observer
Été Métamorphoses, forte activité des insectes Surveiller le niveau, arracher les algues à la main
Fin d’été, automne Faune encore mobile, avant la dormance Faucardage partiel, curage par portions
Hiver Dormance des amphibiens dans la vase et les abris Laisser tranquille

Curage et vase : intervenir par petites portions

Mare ombragee avec fine couche de vase au fond

Une couche de vase est normale et même utile. Elle abrite la microfaune et les larves, et sert de refuge d’hiver. Le curage ne devient nécessaire que lorsqu’elle comble la mare au point de réduire sa profondeur, ce qui arrive en quelques années pour une mare ombragée.

La méthode qui préserve la vie tient en quelques règles :

  • retirer la vase sur un tiers à la moitié de la surface, jamais la totalité ;
  • choisir une zone différente chaque année, pour que les autres secteurs servent de refuge ;
  • déposer les déblais sur la berge pendant deux ou trois jours, puis les évacuer au compost ou les épandre au jardin ;
  • laisser une fine couche au fond plutôt que de gratter jusqu’à la bâche ou l’argile.

Cette approche demande un peu de patience, mais elle évite le choc brutal d’un fond entièrement remanié. En trois ans, toute la mare a été entretenue et la faune n’a jamais perdu l’ensemble de son habitat.

Les autres gestes qui font du mal (pompes, produits, poissons, feuilles, eau du robinet)

Le curage n’est pas le seul coupable, un peu comme cette erreur fréquente lors du débroussaillage qui menace les petits animaux. La pompe, d’abord : pour vider vite, on aspire aussi têtards, tritons et larves, qui ne survivent pas au passage. Mieux vaut travailler à l’épuisette ou à la main, et ne baisser le niveau que de manière partielle.

Les produits sont à bannir. Anti-algues, chlore, désherbants ou tout traitement chimique éliminent la microfaune et déséquilibrent l’eau. Une mare en bonne santé se régule d’elle-même, à condition de lui laisser du temps et des plantes.

Les poissons rouges sont un autre piège classique. Ils dévorent pontes, têtards et larves d’insectes, et remuent la vase en permanence. Une mare à vocation de biodiversité doit rester sans poissons.

Pour compenser l’évaporation, préférez l’eau de pluie. L’eau du robinet apporte du chlore, du calcaire et des nitrates qui favorisent les algues, alors qu’il est tout à fait possible de garder de l’eau près des plantations sans attirer les moustiques en utilisant plutôt l’eau de pluie. Un récupérateur branché sur une gouttière suffit généralement à remettre à niveau en été.

Entretien préventif : végétation, berges, algues

Un bon entretien préventif limite le besoin de curer. À l’automne, retirez une partie des feuilles mortes avec une épuisette ou un filet tendu, car une accumulation excessive nourrit la vase. Mais ne les enlevez pas toutes : un peu de litière sert de cachette.

Le faucardage, c’est-à-dire la coupe des plantes aquatiques qui prennent trop de place (massettes, joncs, nénuphars envahissants), se pratique aussi en fin d’été ou à l’automne. Là encore, on coupe par portions et on laisse les tiges quelques jours au bord de l’eau avant de les évacuer.

Pour les algues filamenteuses, un râteau ou un bâton qu’on tourne dans l’eau permet de les enrouler et de les retirer. Une mare équilibrée associe des plantes oxygénantes, des plantes flottantes et des plantes de berge, qui concurrencent les algues pour les nutriments. Il faut aussi surveiller l’ombre : si les arbres couvrent presque tout, élaguez un peu pour que la lumière arrive.

Côté berges, évitez de tout tondre ras. Une bordure de hautes herbes, de pierres et de bois mort offre aux grenouilles, crapauds et tritons des abris à quelques mètres de l’eau. Des pentes douces leur permettent aussi d’entrer et sortir sans difficulté.

Réglementation : ce qu’il faut vérifier avant d’intervenir

Mare de jardin avec nenuphar flottant et pierres plates

Une petite mare de jardin isolée est en général libre d’entretien, mais la loi s’applique aux espèces qui y vivent. La plupart des amphibiens sont protégés : détruire des individus, des pontes ou leurs lieux de reproduction est interdit, même involontairement. Un curage mal pensé peut donc poser problème.

Si votre mare est reliée à un cours d’eau, à une source, ou située dans une zone humide, des travaux de curage ou de modification peuvent être soumis à déclaration ou autorisation. Pour une mare de grande taille, d’un terrain agricole ou d’une commune, renseignez-vous auprès de la mairie, de la direction départementale des territoires ou d’une association naturaliste locale avant de commencer.

Retenez l’essentiel : pas de grand nettoyage en fin d’hiver, pas de curage total et pas de produits. Entretenez peu, par petites portions et à la bonne saison, et votre mare restera un refuge vivant plutôt qu’un bassin sans âme.

Jeremy Boussakala est rédacteur pour Une ville pour tous, un média consacré à la maison, au jardin, au bricolage et à l'immobilier. Il s'intéresse aux questions concrètes que se posent les particuliers pour entretenir leur logement, réussir leurs aménagements et mieux comprendre leur cadre de vie. Son approche éditoriale privilégie les explications accessibles, les informations vérifiables et les conseils pratiques adaptés aux situations du quotidien.

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