Fin septembre, les lavandes sont défleuries, les tilleuls aussi, et le jardin semble plié pour l’hiver. Pourtant, un bourdonnement persiste le long d’un mur ou au pied d’un vieil arbre. Les abeilles se pressent sur une plante qu’on prend souvent pour un simple couvre-sol : le lierre.
La réponse tient en trois mots : le lierre grimpant (Hedera helix). C’est la plante mellifère qui prend le relais quand presque tout le reste a terminé sa saison. Voyons pourquoi elle est si précieuse, quelles autres floraisons tardives l’accompagnent, et comment les installer chez vous.
Le lierre grimpant, la plante mellifère qui fleurit quand les autres ont fini
Le lierre fleurit de septembre à novembre, parfois jusqu’en décembre dans les régions douces. Ses fleurs verdâtres, réunies en petites boules (des ombelles), passent inaperçues pour nous. Pour les butineurs, c’est un festin : nectar abondant, pollen riche en protéines, le tout à une période où les ressources se raréfient.
Le défilé est impressionnant par temps doux. On y croise des abeilles domestiques, des bourdons, des syrphes, des guêpes, des mouches et des papillons comme le vulcain ou le robert-le-diable. Une abeille sauvage, la collète du lierre, sort même de terre exprès pour cette floraison : elle est spécialiste du lierre et cale son cycle de vie dessus.
Les bénéfices se prolongent bien après les fleurs. Les baies noires mûrissent en fin d’hiver et nourrissent grives et merles à une période de disette. Le feuillage persistant, lui, offre un abri aux insectes et aux petits oiseaux.
Lierre adulte ou jeune : le détail qui décide de la floraison
Seul le lierre adulte fleurit. Ses rameaux sont dressés, ses feuilles non lobées, et il apparaît après plusieurs années de croissance, souvent quand il a atteint le haut de son support. Un jeune lierre rampant aux feuilles à cinq lobes ne produira pas de fleurs. Si vous plantez pour les abeilles, choisissez un sujet déjà bien développé ou laissez-lui le temps de grimper.
Pourquoi les floraisons tardives sont vitales pour les pollinisateurs
Les insectes ne vivent pas sur le même rythme que nos jardins. Une colonie d’abeilles doit se constituer des réserves et élever les jeunes abeilles d’hiver, celles qui assureront l’hivernage de la ruche. Si le nectar disparaît trop tôt, c’est la rupture alimentaire : les butineurs s’épuisent, les réserves restent maigres, et la sortie d’hiver devient fragile.
Les bourdons fondateurs, les papillons qui migrent ou hibernent, les syrphes et les abeilles solitaires tardives ont les mêmes besoins. Chacun doit refaire ses forces avant les premiers froids. Une seule plante en fleurs dans le voisinage peut faire la différence, surtout en ville ou dans des paysages agricoles où les fleurs sauvages sont rares.
Le lierre a une particularité : son miel cristallise très vite, parfois directement dans les alvéoles. Les apiculteurs le savent et le laissent souvent aux abeilles pour l’hiver, qui s’en nourrissent sans difficulté. Pour l’ensemble des pollinisateurs, c’est surtout la quantité de ressource disponible en octobre qui compte.
Autres plantes mellifères d’arrière-saison à connaître

Le lierre n’est pas seul. Plusieurs espèces s’enchaînent de la fin de l’été jusqu’au cœur de l’hiver, et les associer permet d’éviter le moindre trou dans le calendrier de floraison. Le tableau ci-dessous résume les plus utiles, classées par période.
| Plante | Floraison | Type | Atout |
|---|---|---|---|
| Sedum (orpin d’automne) | Août à octobre | Vivace | Très prisé des papillons et des abeilles |
| Aster d’automne | Septembre à novembre | Vivace | Fleurs ouvertes, accès facile au nectar |
| Lierre grimpant | Septembre à novembre | Grimpante | Nectar et pollen abondants, persistant |
| Chrysanthème simple | Octobre à novembre | Vivace ou annuelle | Cœur accessible aux butineurs |
| Mahonia | Novembre à février | Arbuste | Grappes jaunes parfumées en plein hiver |
| Bruyère d’hiver | Décembre à mars | Petit arbuste | Premières ressources dès les jours doux |
Un mot sur le chrysanthème : méfiez-vous des variétés doubles, très décoratives mais dont les pétales surnuméraires cachent le cœur de la fleur. Les butineurs n’y trouvent presque rien. Les formes simples, à disque central visible, sont les seules vraiment utiles.
Parmi les arbustes, la viorne tinus, l’arbousier et le mahonia offrent des fleurs en plein automne et en hiver. Le mahonia fleurit même par temps froid, et les abeilles sortent dès que le thermomètre dépasse une dizaine de degrés. Quant à la bruyère d’hiver, elle prolonge le relais jusqu’à la sortie de l’hiver.
Comment intégrer ces floraisons tardives dans son jardin
Commencez par repérer ce qui existe déjà. Un vieux mur, une clôture, un tronc d’arbre ou un cabanon peuvent accueillir un lierre. Plantez-le à l’automne ou au printemps, dans un sol frais, à l’ombre comme au soleil : il est très tolérant. Évitez simplement les murs fissurés, car ses crampons peuvent s’infiltrer dans les joints abîmés.
Pour les vivaces, le sedum et l’aster aiment le plein soleil et un sol drainant. Plantez-les en touffes de trois à cinq pieds plutôt qu’isolés : les insectes repèrent plus vite une masse de fleurs. N’hésitez pas à laisser les tiges sèches en place l’hiver, elles servent de refuge aux insectes.
Côté entretien, la règle est de ne pas tailler le lierre pendant sa floraison. Si vous devez le limiter, intervenez en fin d’hiver, avant la période de nidification des oiseaux. En pot, sur un balcon, un chrysanthème simple, un sedum compact et une bruyère d’hiver suffisent à fabriquer un jardin mellifère en miniature.
Assurer la continuité du printemps à l’hiver : repères par saison

Un bon jardin pour les pollinisateurs ne se pense pas en une floraison, mais en relais. Visez au moins deux ou trois espèces actives à chaque période, sans trou de plus de quelques semaines.
- Printemps : saule, arbres fruitiers, romarin, pulmonaire, pissenlit laissé en place.
- Été : lavande, thym, sauge, bourrache, tilleul, échinacée.
- Automne : lierre, aster, sedum, chrysanthème simple, arbousier.
- Hiver : mahonia, bruyère d’hiver, viorne tinus, hamamélis.
C’est l’automne qui est le plus souvent oublié, alors qu’il conditionne la survie hivernale de nombreux insectes. Un seul pied de lierre adulte, complété par quelques asters et un sedum, change déjà beaucoup de choses dans un petit jardin. Notez ce qui fleurit chez vous en octobre : si la liste est vide, vous savez par où commencer.






