1 avril 2026

Cueillir les fruits qui dépassent chez le voisin : ce que la loi dit vraiment

On n’y pense pas à deux fois. Une belle branche chargée de pommes s’invite au-dessus de votre clôture, et hop — quelques fruits cueillis « pour […]

On n’y pense pas à deux fois. Une belle branche chargée de pommes s’invite au-dessus de votre clôture, et hop — quelques fruits cueillis « pour ne pas les laisser pourrir ». Pourtant, ce réflexe de bon sens cache une réalité juridique bien plus tranchée qu’on ne l’imagine.

En France, le droit de propriété s’applique aussi aux arbres fruitiers — et leurs récoltes n’échappent pas à la règle. Avant de tendre la main, voici ce que la loi prévoit vraiment.

Ce qui vous appartient… et ce qui ne vous appartient pas

Le principe est posé par l’article 673 du Code civil : tant qu’un fruit reste attaché à l’arbre, il appartient au propriétaire de cet arbre. Peu importe que la branche surplombe votre terrain — la pomme n’est pas à vous.

Cueillir directement sur l’arbre du voisin, même sans mettre un pied chez lui, est donc juridiquement interdit. Ce geste peut être requalifié en vol au sens de l’article 311-3 du Code pénal, avec à la clé jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.

La même règle s’applique aux fleurs : couper un bouquet sur l’arbuste du voisin sans son accord reste illégal, même si l’arbuste déborde largement sur votre parcelle.

Fruits tombés, feuilles mortes, branches gênantes : le sort de chaque cas

La nuance importante se joue au moment de la chute. Dès qu’un fruit se détache naturellement et atterrit dans votre jardin, il devient le vôtre — vous pouvez le ramasser librement.

En revanche, secouer les branches pour précipiter cette chute ne change rien à l’affaire : le geste reste assimilé à une cueillette non autorisée. La « tombée naturelle » doit l’être vraiment.

Les feuilles mortes obéissent à une logique différente : elles tombent chez vous, elles sont à votre charge. Vous ne pouvez pas contraindre votre voisin à venir les ramasser. En revanche, si une branche obstrue vos gouttières, vous êtes en droit de demander qu’elle soit coupée.

Sur ce point, l’article 673 est clair : vous pouvez exiger du propriétaire qu’il fasse élaguer les branches qui empiètent sur votre terrain. Ce que vous ne pouvez pas faire, c’est les tailler vous-même — même en cas d’empiètement manifeste. En cas de refus, un juge peut être saisi.

L’arbre est à cheval sur la limite ? Les règles changent

Quand un arbre ou une haie est planté exactement sur la limite séparative des deux propriétés, on parle de plantation mitoyenne, encadrée par l’article 670 du Code civil.

Dans ce cas précis, fruits et fleurs appartiennent à parts égales aux deux voisins. La cueillette comme la taille doivent se décider d’un commun accord — aucun des deux ne peut agir seul.

Que faire si votre voisin se sert dans votre jardin ?

Si c’est l’inverse — votre voisin qui s’approprie vos récoltes — la démarche suit une logique progressive. Un échange calme suffit souvent à régler la situation, surtout si la personne ignorait la règle.

Si le dialogue ne suffit pas, un courrier recommandé avec accusé de réception permet de formaliser la demande et de garder une trace écrite. En dernier recours, une plainte devant le tribunal correctionnel reste envisageable — même si la grande majorité des conflits de voisinage se règlent bien avant ce stade.

Allan