Un matin, un petit trou apparaît au milieu de la pelouse. Le lendemain, il y en a trois, avec un peu de terre fine autour. Beaucoup de jardiniers sortent alors le répulsif ou le piège, et se trompent de cible. Car ces tunnels et ces galeries racontent souvent une tout autre histoire : celle d’un sol vivant, parfois d’un petit nuisible, plus souvent d’un allié discret.
Lire les indices : comment interpréter un petit trou ou tunnel dans le sol
Avant de soupçonner qui que ce soit, regardez trois choses : la taille du trou, la présence ou non d’un monticule de terre, et l’endroit où il se trouve. Ces trois indices suffisent dans la majorité des cas. Le tableau ci-dessous donne une première piste à confirmer sur le terrain.
| Ce que vous voyez | Animal probable | Verdict |
|---|---|---|
| Monticule rond de terre fine, sans trou visible | Taupe | Utile pour le sol, gênante pour la pelouse |
| Trou ovale, terre aplatie mêlée d’herbe | Campagnol | Nuisible pour les racines |
| Trou de 5 à 10 mm, petit cône de terre, sol nu et ensoleillé | Abeilles solitaires (abeilles des sables) | Pollinisateurs inoffensifs |
| Petits tortillons de terre à la surface | Vers de terre | Signe d’un sol en bonne santé |
| Entrée de 10 à 15 cm, crottes rondes à proximité | Lapins | Dégâts possibles sur les cultures |
| Trou de 6 à 9 cm près d’un mur ou du composteur | Rats | À traiter vite |
Gardez en tête une règle simple : on ne traite jamais avant d’avoir identifié l’occupant. Un répulsif ou un piège posé sur la mauvaise cible n’arrange rien, et peut éliminer un auxiliaire précieux.
Les trous avec monticule de terre : taupe ou campagnol ?
Un monticule de terre est le signe le plus visible, et le plus souvent mal interprété. Deux rongeurs ou assimilés se disputent la réputation de coupable, mais ils n’ont ni le même régime ni les mêmes dégâts.
La taupe : un monticule rond et un tunnel discret
La taupinière est un cône régulier, fait d’une terre fine et fraîchement remuée. Elle se repère à l’absence de trou central, car la taupe rebouche son passage derrière elle. Ses galeries courent plus ou moins profondément sous la pelouse, et la surface se soulève parfois en bourrelet.
Ce qu’il faut savoir, c’est que la taupe est insectivore, comme le détaille l’article sur pourquoi les taupes ne sont pas toujours nuisibles au jardin. Elle se nourrit de vers de terre, de larves et d’insectes, pas de racines. Sa présence révèle donc un sol riche en proies, aéré par ses tunnels. Le problème est surtout esthétique : les monticules abîment la tonte et la pelouse.
Le campagnol : galeries peu profondes et dégâts sur les racines
Le campagnol, lui, laisse des trous ouverts, souvent ovales, d’environ 3 à 4 cm. Sa terre est plus grossière, aplatie, parfois mêlée de brins d’herbe. Ses galeries restent proches de la surface, avec de petits chemins dégagés dans l’herbe haute.
Ici, le verdict change : ce rongeur s’attaque aux racines, aux bulbes, aux tubercules et à l’écorce des jeunes arbres. Pour les départager, ouvrez un bout de tunnel avec une pelle. Si la galerie est rebouchée en quelques heures, c’est la taupe. Si elle reste ouverte, pensez au campagnol.
Les petits trous sans monticule : insectes, vers et autres habitants

Un trou sans monticule, ou avec un simple liseré de terre, mène rarement à un problème. Dans un sol nu, sableux et bien exposé, au printemps, il s’agit très souvent d’abeilles solitaires. Les abeilles des sables creusent chacune leur nid, vivent en voisinage sans reine ni ruche, et piquent très rarement. Ce sont de précieux pollinisateurs.
Les fourmis forment de leur côté de petits cratères de terre fine, avec une entrée régulière et un va-et-vient visible. Les vers de terre, eux, signent leur passage par des turricules, ces petits tortillons de terre déposés en surface. Plus il y en a, plus le sol est vivant et aéré, ce qui profite directement aux racines (un signe que révèlent aussi les cloportes sur la santé de votre sol).
Si les trous apparaissent la nuit, dispersés et peu profonds, pensez aussi aux oiseaux ou aux mammifères qui cherchent des larves dans la pelouse. Et si vous apercevez un serpent près d’un trou, retenez qu’il occupe en général une cavité déjà existante au lieu de la creuser.
Les trous plus grands : lapins, rats, blaireaux, hérissons
Passé 6 cm de diamètre, on change d’échelle. Le lapin creuse des terriers avec un gros tas de terre devant l’entrée, des crottes rondes alentour et des salades grignotées. Le rat préfère les abords des murs, des composteurs et des abris, avec un passage lissé par les va-et-vient. Ses galeries sont un signal sanitaire à prendre au sérieux.
Le blaireau laisse des entrées larges, de 20 à 30 cm, et d’énormes déblais. Espèce protégée, il vient souvent chercher des vers et des larves. Le hérisson, lui, ne creuse pas de véritables galeries : il fouille de petites cuvettes dans la terre et dort sous les feuilles ou le bois mort. Sa présence est une très bonne nouvelle pour le jardin.
Ami ou ennemi du jardin ? Savoir quand tolérer et quand agir
La grande majorité des habitants du sol sont neutres ou bénéfiques. Les vers de terre, les abeilles solitaires, les hérissons et même la taupe participent à l’équilibre du jardin. Le campagnol, le rat et le lapin sont les seuls qui justifient une action, quand les dégâts deviennent réels.
L’erreur classique : tout boucher d’un coup
Reboucher ou traiter chaque trou dans le sol sans l’avoir identifié revient à punir les abeilles solitaires et les vers de terre pour les actes du campagnol. Observez deux ou trois jours, notez la taille, la forme et la terre rejetée. Vous saurez vite si vous avez un allié ou un intrus.
Que faire : réparer, protéger et prévenir

Pour la taupe, tolérez ce que vous pouvez : étalez la terre des taupinières au râteau, elle servira de terreau pour regarnir la pelouse. Si la gêne devient trop forte, vous pouvez poser un grillage fin enterré sous les zones sensibles. La règle sur la régulation varie selon les départements, mieux vaut se renseigner en mairie avant toute action.
Contre le campagnol, la prévention passe par la protection des racines : paniers grillagés autour des bulbes et des jeunes arbres, herbe maintenue rase, tas de bois ou de végétaux éloignés des cultures. Attirer des prédateurs naturels (chouettes, rapaces, chats) aide aussi, avec un perchoir ou un nichoir.
Pour les rats et les lapins, supprimez ce qui les attire : composteur ouvert, restes de nourriture, gamelles laissées dehors. Un grillage enterré sur 30 cm freine le lapin. Un répulsif naturel peut soulager ponctuellement, mais il ne remplace jamais la prévention. Pour les abeilles solitaires, laissez simplement une zone de sol nu au soleil le temps du printemps, elles ne s’attarderont pas, comme l’explique cet article sur pourquoi certaines abeilles s’installent sur un coin de terre nue.
Enfin, pour reboucher les trous de la pelouse sans danger, comblez-les avec un mélange de terre et de sable, puis regarnissez en gazon. Vérifiez d’abord qu’aucun hérisson ou auxiliaire ne se trouve encore à l’intérieur.





